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Retour à notre essence naturelle
par  Anne Dorcas


Un soir la semaine passée, j’ai entendu un vacarme venant de mon foyer.  Un étourneau s’était emprisonné en arrivant de la cheminée.  J’ai ouvert une fenêtre avant de lui débarrer les portes du foyer, mais il lui a fallu un peu de temps pour déterminer où était l’ouverture vers le ciel.  Il s’est cogné la tête à plusieurs reprises avant de trouver la fenêtre qui était ouverte.  Il se reposait de temps en temps avant de réessayer.  Et, finalement, il s’est envolé.  Il était libre de continuer sa soirée et, j’espère, en se tenant loin des cheminées suite à son aventure. 

C’était une drôle de métaphore qui me rappelait l’aventure humaine sur Terre.  Souvent, la fenêtre est grande ouverte et nous passons à côté, essoufflés par nos essais et nos erreurs.  Nous finissons quand même par avancer, mais peut-être avec un peu moins d’harmonie que nous l’aurions voulu.  Un autre message que ce petit étourneau m’apporta, étant un oiseau qui préfère voyager en groupes, c’est qu’il est maintenant temps de nous réunir – et de faire ce voyage ensemble.

Nous entendons parfois parler des traditions Amérindiennes, comment ils se supportent en communauté – chaque personne ayant son rôle distinct.  Et, dans leurs traditions qui sont d’origine ancienne, ils apprennent à honorer la nature.  Un chaman, c’est un être qui est fortement lié à la nature.  Ces connaissances chamaniques nous démontrent que tout nous a été donné sur Terre pour nous supporter.  Cette Terre c’est comme une grande maison qui nous a été donnée en héritage pour que nous puissions tous la partager ensemble.  Mais cette belle façon de vivre en harmonie avec la nature, de nous soutenir en communauté et de grandir ensemble fut remplacée par la séparation – et le détachement de tout ce qui est naturel.  Cette illusion de séparation est la source de tous les malheurs au monde.

La nature qui nous entoure est remplie de géométrie sacrée.  En coupant une pomme en deux, nous retrouvons une étoile.  En regardant un flocon de neige de tout près, nous découvrons un œuvre d’art magique.  Et avez-vous déjà remarqué le centre d’un tournesol ou les pistils d’une tulipe complètement épanouie?  Avez-vous eu la chance, un moment donné, d’apprécier une toile d’araignée fraîchement formée, ou l’équilibre parfait des dessins sur les ailes d’un papillon?

En plus de se réunir en communauté, certains aspects de géométrie sacrée peuvent nous supporter de façon merveilleuse pendant cette période de transformation dans laquelle nous nous trouvons.  C’est cet aspect pur de la nature qui nous permet d’accéder à l’aspect pur et divin de notre conscience.

C’était dans un cercle sacré, entourée de mes «frères» et «sœurs» qui prenaient leurs places distinctes dans ce cercle, que j’arrivais à une compréhension profonde d’un évènement qui avait marqué mon existence.  Mon intention avait été de comprendre – et de guérir – ma relation avec ma mère.  Je n’arrivais pas à figurer pourquoi il y avait tant de conflits entre nous deux.

Mon frère jumeau avait développé une maladie sérieuse à l’âge de trois ans.  C’était une maladie de sang rare qui causait le développement de bleus partout sur son corps.  Cette situation demandait que ma mère soit très présente pour lui tout au long de notre croissance – une attention que j’aurais bien eu besoin moi aussi.  J’étais un enfant très sensible et perturbé. En grandissant, j’étais guerrière.  C’était ma façon de m’en sortir.

Dans le cercle sacré, je me suis souvenue de la source de mon malheur.  Lorsque moi et mon frère avions trois ans (avant la maladie), nous avions fait des dégâts en vidant un sac de pommes de terre, les écrasant une par une sur le mur.  Mon père était coléreux, ma mère, craintive et sans estime.  Elle croyait que mon père serait tellement enragé, qu’elle assuma la responsabilité de nous punir.  Elle sortit sa cuillère de bois et nous frappa à coups insensés.  Dans ma souvenance de petite fille, je ressentais tellement de compassion pour cette femme qui était horrifiée par cet acte qu’elle n’avait pu contrôler.  Je voulais l’aider et pour ce faire, j’ai décidé d’épauler une bonne partie de sa culpabilité.  Mon frère, lui, a dû prendre une décision un peu plus difficile.  Je me suis souvenue d’un grand homme qui nous montrait tous les deux les conséquences de ce choix qu’avait fait ma mère par sa peur.  Sur un écran de téléviseur, cet homme nous montrait le destin qui pourrait en résulter.  Nous avions certaines options pour créer un destin plus heureux, et mon frère, à ce moment-là, a choisi de devenir malade.  De cette façon, ma mère retrouverait sa nature tendre et nourricière.

J’ai de la peine à expliquer le soulagement qui résulta de cette compréhension.  Le choix de mon frère avait été fait d’un grand amour.  J’ai été bénie par cette prise de conscience qui me permettait, enfin, de laisser tomber la colère et le blâme, et de retrouver ce grand amour que j’ai toujours eu pour celle qui m’a donné naissance dans cette vie.

Nous sommes des êtres d’amour.  Au centre et au plus profond de nous-mêmes, l’amour, c’est notre essence.  Et c’est ensemble (même si nos expériences sont individuelles) que nous vivons cette expérience terrestre. 

C’est un peu l’idée du cercle sacré et de ce travail en communauté.  En prenant notre place – qui est non seulement unique mais qui n’appartient qu’à nous – nous permettons aux autres, eux aussi, de prendre leur place pleinement.  Prendre notre place veut dire que nous revenons à notre centre, et à l’intégrité unique de notre être.

En se soutenant l’un et l’autre, que ce soit dans un cercle sacré ou en général dans nos vies, nous réussissons à grandir au-delà des limites que cette illusion de séparation pourrait avoir créée.

Vive le retour à notre essence naturelle!  La fenêtre est complètement ouverte!